Covid post-covid, quelle place pour l’EVRAS – Auteur Alain Joret

Covid et post-covid, quelle place pour la vie affective, relationnelle et sexuelle ?

 

Durant cette période de confinement que nous venons de vivre, les personnes en situation de handicap, comme nous tous, ont été confinées.  Ou peut-être un peu plus que nous tous.  Nous sommes acteurs de l’EVRAS pour ces personnes.  Dans « EVRAS », il y a affectif, relationnel et sexuel.  Durant cette période, priorité a été donnée à préserver la santé de tous et les personnes en situation de handicap ont été identifiées comme personnes à risques.

Celles qui vivent chez elles à domicile ont été confinées sans doute un peu plus que d’habitude dans la solitude.

Celles qui vivent en institution ont été confinées dans des conditions très variables selon la situation de chaque institution.  Certaines ont pu continuer à vivre à peu près normalement, entourées d’équipes très attentives à leur bien-être.  Pour les personnes qui vivaient déjà à temps plein dans leur institution, les choses ont peut-être peu changé.  Par l’absence de certains d’entre eux, confinés dans leur famille, elles ont même pu bénéficier de plus d’attention et, vivant en silos fermés, ont pu vivre un renforcement des relations amicales entre elles et des relations de soutien avec les professionnels.  J’en ai personnellement vu de beaux exemples dans les publications sur internet de plusieurs de ces institutions.

Même si, le masque et la distance sociale a pu être parfois un frein à la qualité de leur communication,  cette relation se vivant tellement plus par le non verbal que par la parole.

Mais cette situation, un peu privilégiée, même sans sorties, n’a pas été possible pour tous.

Il y a celles qui ont vécu en famille, pour lesquelles cela a pu être un moment de retrouvailles, mais aussi celles qui dans leurs familles ont rencontré une situation plus tendue, parfois même explosive, car le répit n’était plus possible, ni pour leurs familles, ni pour elles-mêmes.  Or ce besoin de répit était parfois à l’origine de leur présence en institution.

Il y a celles qui, tout en étant en institution, avaient besoin de sorties et d’activités, celles qui avaient besoin du rythme de vie entre hébergement et centre de jour qui ont été bloquées dans leur hébergement.  Il y a les plus autonomes qui aimaient sortir, rencontrer des amis, participer à la vie de leur ville ou village.  Je pense par exemple à ce jeune homme IMC qui m’a souvent contacté, déçu et stressé de ne plus pouvoir se rendre en rendez-vous chez son psychologue.

Il y a celles qui ont été plongées dans des conditions plus strictes là où le Covid 19 a sévi et qui ont parfois dû vivre isolées en chambre.

Il y a celles qui ont été confrontées à la mort et qui n’ont pas les outils pour y faire face.

Il y a celles dont les institutions ont vécu dans le stress, lié à la présence du virus, aux craintes du personnel ou des directions, voire parfois aux conflits au sein des équipes.  Il semble que si, pour les uns, le confinement à resserré la solidarité entre les professionnels, pour d’autres le confinement a été source de plus de conflits et de tensions.

Tout cela risque d’avoir des conséquences sur le plan affectif et relationnel (pour les personnes et peut-être aussi pour les professionnels) qui demanderont une attention particulière après le confinement.

Il y a celles qui n’ont pas pu comprendre ce qui se passait, pourquoi leur vie avait changé.  Il y a celles qui ne maîtrisent pas les éléments de la crise et ne savent pas ce qui est devenu dangereux et comment ils peuvent se comporter aujourd’hui.  Nous avons entendu des personnes qui s’interrogeaient, par exemple, sur les risques que présentent les relation amoureuses ou sexuelles par rapport au virus.  Il y a donc pas mal de personnes qui auront besoin d’encore beaucoup d’informations et d’explications pour retrouver la sérénité dans leur mode de vie.

Il y a celles qui vivent leurs émotions à partir de celles de leur entourage et pour qui les craintes de leurs proches sont sources d’angoisse.  Ceux-là auront besoin d’accompagnement pour dépasser ce vécu anxieux.

Il y a celles qui se sont trouvées séparées de leur relation amoureuse parce que leur compagnon ou compagne est hébergé dans une autre institution.  La société s’inquiète des couples qui vivent de chaque côté d’une frontière nationale, pour les personnes en situation de handicap, la frontière était la porte de leur institution.

Il y a celles qui, pour leur équilibre ou leur dignité, faisaient appel à des services extérieurs, soins infirmiers, psychologues, massages, accompagnement sexuel et qui ont été privées de tout cela.

Puis, il y a celles qui vont réintégrer leur institution après trois mois de vie en famille et qui devront y reconstruire leur place.

Aujourd’hui, au fur et à mesure de l’assouplissement des mesures sanitaires, il nous paraît important de placer le focus sur toutes ces difficultés vécues, voire parfois ces détresses affectives, relationnelles, ou sexuelles qui ont pu s’installer.

Nous, acteurs de l’EVRAS,  souhaitons attirer l’attention des institutions, des politiques, des familles pour que ces conséquences du confinement soient prises en compte et que des moyens soient mis en place pour y remédier.

Nous, acteurs de l’EVRAS, sommes prêts à nous remettre au travail pour y contribuer. Soutien aux équipes, soutien aux personnes, reconstruction d’un quotidien paisible, remise en route des aides externes.  Nous nous sommes mis au travail ensemble pour réfléchir aux moyens concrets que nous pourrons vous proposer pour y contribuer.

Les équipes auront souvent besoin de temps et de répit pour pouvoir retrouver une vie normale. Nous espérons qu’elles en auront les moyens. Nous pouvons faire partie de ces moyens et nous le souhaitons.

Nous sommes curieux de ce qui pourra nous être renvoyé par le terrain et des demandes qui nous seront formulées.

Edgar Morin, philosophe de 99 ans, commente la crise du covis 19 : « Une réforme de civilisation associerait les termes contradictoires : « mondialisation » (pour tout ce qui est coopération) et « démondialisation » (pour établir une autonomie vivrière sanitaire et sauver les territoires de la désertification) ; « croissance » (de l’économie des besoins essentiels, du durable, de l’agriculture fermière ou bio) et « décroissance » (de l’économie du frivole, de l’illusoire, du jetable) ; « développement » (de tout ce qui produit bien-être, santé, liberté) et « enveloppement » (dans les solidarités communautaires).  Toute crise me stimule, et celle-là, énorme, me stimule énormément. »

Nous espérons ce développement de tout ce qui produit du bien-être et cet enveloppement dans les solidarités pour les personnes en situation de handicap et nous souhaitons pouvoir y participer « énormément » !

Le salon « Envie d’Amour » n’a pas pu se réaliser en mai 2020, nous souhaitons que le besoin de bien-être affectif, relationnel et sexuel retrouve sa place dans le quotidien des personnes en situation de handicap dès à présent. Pour que le salon « Envie d’Amour » 2021 soit une fête !

Nous attendons vos réactions et vos témoignages, personnes en situation de handicap, familles et travailleurs du secteur, pour mieux connaître le concret de votre vécu autour des questions de vie affective, relationnelle et sexuelle et mieux comprendre vos attentes à ces niveaux.  Pour mieux penser notre action, pour agir et réagir !

 

Vendredi 29 mai 2020

Alain Joret, membre du groupe « Covid et post-covid, quelle place pour la vie affective, relationnelle et sexuelle ? »